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"Un jour, il y a longtemps, les parents se sont mariés. Ils ont fait le serment de s’aimer toujours, de rester fidèles, de se prêter secours. Aujourd’hui, rien ne va plus. Plus de rires ni de chatouilles entre eux, plus de danse, plus de feu dans l’âtre. A table, maman avale de travers. Papa prend des chemins de traverse. Elle se plaint. Il se tait. Camille et son petit frère Matthieu s’en tirent comme ils peuvent. Elle rêve qu’elle vole comme un oiseau, s’évade dans son jardin chéri. Lui s’enferme dans de brusques colères, des crises de somnambulisme. Ne t’en fais pas, a dit le père. Camille s’en fait. Du souci, du mouron, de l’inquiétude. Il faut qu’ils restent ensemble, et que personne ne sache ce qui les divise. Ce pacte-là, ce sont les enfants qui l’ont scellé. Ils vont le respecter. Coûte que coûte".

Gisèle Bienne a réussi à faire de ce roman au sujet dur et particulièrement insoutenable, une petite perle de poésie. Oui, le sujet est horrible et impossible à traiter : deux enfants qui découvrent leur mère morte et décident de l'enterrer dans le jardin. Mais l'écriture belle et relevée respire les chansons de Barbara qui parsèment l'histoire. Et au final, on a un récit sur l'innocence de l'enfance confrontée au monde adulte qui est vrai, authentique, sans tabou et d'une pureté sans égale. Ce livre ne plaira pas à tout le monde, c'est certain, mais il ne peut laisser indifférent. Moi, il m'a retournée et m'a laissée sans voix longtemps après l'avoir fini, avec une impression bizarre, coincée quelque part entre la vie et la mort, entre l'envie de rire et l'envie de pleurer. 

Juliane