murail

Lorris Murail nous propose avec Afirik, une ukronie. L’époque n’est pas située, certains repères nous font penser que le récit se déroule au 18ème siècle. Ce sont les épidémies qui ont ravagé l’Europe qui ont bouleversé le cours de l’Histoire. L’Europe, désormais nommée Septentrion, est ravagée par la misère et la déchéance. Des bateaux accostent en Afirik et à leurs bords, des milliers d’hommes blancs, des esclaves qui travailleront dans les plantations africaines. Ils sont appelés les Cornes d’Ivoire. Mari est une jeune fille qui, contrairement à la majorité de ses semblables, ne travaille pas dans les champs. Elle sert une famille aisée dans une somptueuse villa. Elle est le souffre-douleur de la fille de ses maîtres. Lorsque sa mère meurt, son poste est compromis ainsi que sa situation privilégiée. Son rêve : rejoindre Septentrion et être libre…

Afirik est un livre extrêmement riche et détaillé notamment quand il s’agit de décrire l’esclavage. Lorris Murail en montre ainsi tous les aspects tels qu’on les a appris dans nos livres d’Histoire et ceci même si la situation est inversée. Les êtres humains sont déshumanisés, violentés, humiliés physiquement ou moralement, d’où la violence qui se ressent dans la lecture. Rien n’est occulté, on suit le trajet de ces esclaves des cales des bateaux aux plantations, en passant par la vente sur les marchés. Dans une première partie, Lorris Murail s’attache à mettre en place le contexte à travers une succession de scènes quotidiennes. En même temps, à l’opposé de l’horreur subie par les esclaves, on a une vision de l’Afrique qui est très belle. Ses paysages, ses trésors naturels sont très bien mis en valeur. Puis, peu à peu, l’histoire s’oriente sur le personnage de Mari. Elle a à priori plus de chances que ses semblables, pourtant un drame va la toucher et bouleverser son existence. À travers son récit, il y a bien sûr une réflexion  sur la liberté. Mari rêve d’être libre, de retourner sur ses terres d’origine et d’en découvrir toutes les particularités, les coutumes, les croyances, les langues. C’est alors une véritable quête initiatique qui compose le roman. Elle est d’ailleurs bien plus intéressante en soi que le personnage de Mari qui manque de consistance.

Lorris Murail nous offre donc un beau roman initiatique en même temps qu’une réflexion poussée sur la liberté. Afirik se lit aussi comme un roman à rebondissements où il y a très peu de temps morts. Saluons enfin la qualité d’écriture qui en fait un roman riche et passionnant, à suivre prochainement.

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Juliane